Gribouillis dans les marges

Mon horizon est d’un autre temps, d’autres lieux

« [Les Chroniques de la zone libre, de Cosma Salé, aux éditions Le Passager clandestin] tombent à pic pour nous rappeler ce qui est en jeu à Notre-Dame-des-Landes : il ne s’agit pas seulement d’un choix technique sur l’utilité, la pertinence, le coût de cet aéroport, mais de deux visions du monde qui s’affrontent. D’un côté, ceux pour qui le monde de demain doit être toujours plus technicisé, avec toujours plus de trafic aérien, de vols internationaux, de compagnies low cost offrant aux salariés des classes moyennes une semaine de tourisme à Saint-Domingue oui ailleurs, toujours plus de béton, de développement, de croissance, parce que “ ça fera des emplois ”. De l’autre, ceux qui refusent cet aéroport et le monde qui va avec, d’où ils se savent déjà exclus, monde qui veut rentabiliser le moindre centimètre carré de prairie et de cerveau disponible, que peuplent foules solitaires et moutons numériques. » Jean-Luc Porquet, Le Canard enchainé, 15 juin 2016

Les mots de Jean-Luc Porquet dans le Canard de la semaine dernière m’ont rappelé les suivants, que j’avais gribouillés un soir de février mais jamais publiés, ne sachant comment finir.

Pour celleux qui font profession de politique, l’avenir va rarement au delà de cinq ou six ans, jusqu’à la prochaine élection qui leur permettra enfin de toucher au pouvoir. Un fois élu⋅e⋅s, leur unique préoccupation devient de réussir à obtenir le renouvellement de leur CDD, et ainsi de suite. Toutes leurs actions ne visent donc qu’un futur très proche. Ça n’est pas du tout la temporalité dans laquelle je veux m’inscrire. Le futur qui m’intéresse, ce sont les quatre-vingt prochaines années, l’espérance de vie de mon gamin. Je ne veux pas que le monde dans lequel il vit se transforme peu à peu en enfer pour lui, qu’il soit projeté dans une dystopie à la Mad Max. Je veux que les décisions politiques que nous prenons aujourd’hui visent à rendre ce monde vivable pour les huit prochaines décennies, que l’horizon de nos réflexions et de notre action soit le siècle et non la prochaine élection.

Les débats autour du périmètre de la consultation sur le projet de nouvel aéroport de Nantes m’ont confirmé combien, tout comme la temporalité, l’espace dans lequel les politiciens inscrivent leur action est étriqué, sans aucun rapport avec celui qui m’intéresse. L’action doit être locale, mais dans le cadre d’une pensée globale. Sans aucun rapport avec le périmètre des petites baronnies où des despotes locaux bâtissent leur carrière. Vouloir limiter la consultation sur le projet d’aéroport aux riverains n’est qu’une manœuvre de basse politique pour noyer le fond de la question. Car ce projet, par ce qu’il porte, concerne chacun et chacune des habitants de cette planète. Pour moi, il ne s’agit pas tant de protéger la faune et la flore d’une zone humide que de choisir le monde dans lequel nous voulons vivre. Est-ce un monde où nous cherchons à accroitre les déplacements en avion, moyen de transport particulièrement polluant, ou un monde où nous cherchons à réduire notre empreinte carbone, à limiter les déplacements inutiles, à privilégier des modes de transport moins polluants ? Tou⋅te⋅s les zadistes ne se battent pas contre de grands projets inutiles, il se battent contre ces projets et leur monde, contre cet air du temps qui autorise quelques-uns à nous bâtir à toute vitesse des murs de bétons contre lesquels nous allons très bientôt nous fracasser.