Gribouillis dans les marges

Tracer une route libre

Simplement deux anecdotes. J’ignore s’il faut chercher à en déduire quelque chose, et si oui, quoi…

Acte 1. Récemment, une connaissance m’a demandé un conseil en matière de service en ligne pour son boulot. En bon (???) propagandiste, je lui ai vendu un logiciel libre hébergé chez des gens fréquentables. Depuis, je croule sous les reproches : des collègues lui ont fait découvrir des alternatives privatrices à ce service libre, alternatives qui offrent bien plus de fonctionnalités, moyennant finances ou non respect de la confidentialité des données qui leur sont confiées. Et ma connaissance, dont les impératifs professionnels priment sur les questions éthiques, m’accable de reproches pour mon dogmatisme qui m’a fait lui conseiller un outil de mauvaise qualité, selon ses critères.

Acte 2. CozyCloud (mon employeur) a entrepris voilà un an une ré-écriture totale de son logiciel. Toutes les applications développées au cours des premières années ont été abandonnées et sont (pour certaines) en train d’être ré-écrites. (Ce qui représente au passage un gâchis de milliers d’heures de contribution). La ré-écriture du calendrier n’étant pas prévue avant 2018, je suis parti en quête d’une alternative et ai tout naturellement testé NextCloud. Une première impression très positive, avant de vite déchanter, devant les nombreuses petites imperfections, les fonctionnalités manquantes… Je suis rapidement parvenu à la conclusion que si NextCloud pourrait être adapté à mon besoin (informaticien capable de comprendre et contourner les soucis et privilégiant le contrôle sur ses données aux fonctionnalités), je ne prendrai pas le risque de le proposer à des gens avec d’autres exigences. Pas assez fini. Pas réellement capable de rivaliser avec ses alternatives privatrices, si l’éthique et la souveraineté ne sont pas primordiales. Et je ne peux m’empêcher de regretter la dispersion des efforts. En cumulant les efforts des équipes de Cozy et de NextCloud (voire d’autre projets bâtissant à peu près la même chose, comme le calendrier de Thunderbird), nul doute que l’on aurait réussi à obtenir un produit bien plus fini. Je sais pertinemment que ça n’est pas possible, pour de multiples raisons, dont certaines sont tout à fait légitimes. Des buts et des cibles différentes notamment. N’empêche, cette impression de gâchis, ce sentiment de notre impuissance collective à créer quelque chose d’utilisable par le plus grand nombre, m’attristent.

La voie est libre mais je me demande si elle sera un jour praticable par toutes et tous.