Gribouillis dans les marges

Vote inutile

Depuis plus de 30 ans, la menace fasciste progresse. Par fasciste, j’entend un basculement vers un régime ouvertement autoritaire, totalitaire, institutionnalisant les inégalités en fonction de critères nationaux, ethniques, ou politiques. Un régime à l’opposé de la société dans laquelle j’aimerais que mon môme et ses potes vivent.

Dans les esprits, le fascisme est déjà là. Ses mots, ses raisonnements, ses thèmes, ont déjà infusé dans l’ensemble de la société. Il a rompu pratiquement toutes les digues pour s’imposer à nous, pour nous imposer son modèle de société rance. À quelques encablures derrières ses idées suivent ses séides. La parole raciste libérée, les actes suivent, se multiplient. D’élections en élections, après le pouvoir symbolique, les partisans du fascisme se rapprochent sans cesse du pouvoir temporel.

Face à cette menace chaque jour plus présente, que font les spécialistes du cirque électoral, celleux qui ne vivent que pour mendier nos voix tous les cinq ans et parler à notre place dans l’intervalle ? Illes nous enjoignent de voter utile ! Tous les cinq ans, choisissez le candidat qui n’est pas officiellement estampillé fasciste. Puis rentrez chez vous et morflez. Rendez-vous dans cinq ans. Jusqu’au jour où ça ne passera plus, où les arnaqué⋅e⋅s, lassé⋅e⋅s, et à la recherche d’une alternative, choisiront le fascisme, et où une bonne petite dictature viendra remettre les compteurs à zéro.

« 20 ans de politiques anti-sociales, c’est 20% pour le front national » gueulions-nous la dernière fois que le parti fasciste s’était trouvé en position de prendre le pouvoir. Si le slogan est forcément réducteur, il n’en exprime pas moins une idée que je crois juste : une des principales raisons pour laquelle une part sans cesse croissante de citoyen⋅ne⋅s croient que le fascisme est la seule alternative pour sortir de la merde, c’est parce que l’ensemble des politiques menées par celleux qui ne se réclament pas du fascisme sont des politiques destinées à accroitre la fortune et le pouvoir de quelques-un⋅e⋅s au prix de l’exploitation de tou⋅te⋅s les autres. Des politiques contre la grande majorité d’entre nous, contre la Sociale.

La Sociale, c’est jauger les décisions qui concernent l’ensemble des citoyen⋅ne⋅s non à leur rentabilité financière, mais à leur amélioration du bien-être et du bien commun. La Sociale, c’est construire une société où tou⋅te⋅s les citoyens se libèrent progressivement en s’entraidant. Parce qu’on ne peut pas être libre lorsqu’on vit dans la crainte que demain, ses gosses n’aient pas à manger, pas de toit au dessus de la tête ou que le premier virus qui passe les emporte. On ne peut être libres sans être au préalable à l’abri de la faim, du froid, de la maladie, des craintes pour sa survie et celle de ses proches. La voilà la sécurité. Être certain⋅e que l’on n’est pas seul⋅e et qu’en cas de danger, les camarades nous aideront. Mettre en place des outils qui garantissent cette solidarité, cette entraide. Tous ces outils émancipateurs, solidaires, que les politiques menées depuis des décennies sapent méthodiquement jusqu’à leur prochaine agonie.

Je suis une boussole qui indique le sud, mes prédictions sont systématiquement démenties. Pourtant, j’ai eu raison une fois, et je le regrette. En 2012, au soir de l’élection de monsieur « mon ennemie, c’est la finance », j’étais partagé entre la joie de la claque prise par l’ancien maire de Neuilly, et la tristesse d’anticiper une victoire de Le Pen en 2017. Car je ne me faisais aucune illusion sur le PS. Je me doutais qu’il allait trahir les espoirs de changement mis en lui, provoquant déception et ressentiment, envoyant des millions de citoyen⋅ne⋅s au mieux dans les bras du dégoût de la politique, au pire dans ceux des partis fascistes. Et nous y sommes. Le bilan de cinq années de gestion par les apparatchiks du PS se jugera au soir du premier tour, au nombre de voix qu’auront gagné les candidats fascistes. Mais, s’il faut en croire les sondages — nous n’avons malheureusement guère d’autre thermomètre, quelque charlatanesque soit-il — le résultat est là : Le Pen est en tête des intentions de vote. Et même si les sondages divaguent, tout le monde s’en inspirant, ce sont eux qui dictent les sujets du débat. La question sociale est muette, l’air n’est rempli que de surenchères policières. Voici le bilan du PS.

Depuis des décennies, l’unique programme appliqué par les partis au pouvoir aura été de favoriser les profits financiers sur la vie des citoyen⋅ne⋅s, en détournant la colère avec le rideau de fumée de boucs émissaires. Et en se dotant d’instruments pour parer à toute contestation, coucou l’état d’urgence permanent. Il est urgent d’admettre que c’est là le principal terreau sur lequel croit le fascisme. De reconnaitre Fillon, Macron et Hamon comme les héritiers et les acteurs des politiques qui attisent depuis 30 ans le FN. Quels que soient leurs discours électoraux, le courant politique dans lequel ils grenouillent, leurs actes (et non leurs déclarations d’intention), n’ont jamais conduit à rien d’autre qu’à enraciner toujours plus profondément les idées fascistes dans la société. Voter pour l’un d’eux n’enrayera pas la monté du FN. Ça ne fera que le renforcer pour qu’il revienne encore plus fort à la prochaine élection.