Gribouillis dans les marges

Et puis après ?

Confession écrite il y a quelques mois et que je n’ai jamais trouvé comment conclure. Je pose néanmoins ces fragments ici.

Mon Internet, je le confesse, j’ai voté ☹

Pendant plus de 20 ans, je n’ai pas été inscrit sur les listes électorales. D’abord par désintérêt pour la chose politique, je n’étais alors qu’un geek inconscient. Puis, à partir du moment où j’ai commencé à m’intéresser aux affaires de la cité, par refus de participer à cette mascarade, de cautionner cette parodie de démocratie en ajoutant mon nom à la liste des participant⋅e⋅s au spectacle.

Et puis, la vieillesse venant, je suis devenu un peu moins dogmatique. Je me suis dit que le vote n’était qu’une arme parmi d’autre, comme un pavé. Il ne faut idéaliser ni l’un ni l’autre, ils n’ont pas de vertu magique, mais il ne faut pas non les rejeter par principe. Il faut décider au cas par cas de l’utilité d’y avoir recours, ou de s’abstenir. Certes, en votant, je contribue à légitimer le faux-semblant de démocratie qu’on nous vend. Mais elle se soucie bien peu aujourd’hui d’être légitime ou non.

Je reconnais également être toujours passionné de politique, et m’en vouloir de mon inaction. Je suis revenu de mes différentes formes d’engagement, par dépit pour leur manque de résultats. Pour fonctionner, l’activisme demande énormément d’énergie, de persévérance, d’être porté par un espoir. Je n’ai plus tout cela, donc je ne fais plus rien, et m’en veux. Je me suis donc dit qu’à défaut d’aller encore en manif expliquer au PS ce que je pensais de sa politique, je pouvais peut-être leur mettre un coup dans les burnes en glissant un petit bout de papier dans une urne.

Donc j’ai voté. Une fois. Dans un contexte particulier. Une élection locale. Le sortant était membre du PS et avait une politique assez catastrophique en matière d’éducation, sujet qui me touche directement depuis quelques années. Je me suis dit qu’à défaut de mieux, le dégager en glissant un bulletin dans l’urne valait la peine. J’ai voté pour son adversaire le plus sérieux, sans aucune illusion. Aucun soutien de ma part à cet adversaire, mon seul but étant de sortir le sortant.

Je rêve de quitus. De pouvoir voter pour sanctionner quelqu’un sans que cela se traduise par un vote pour quelqu’un d’autre. Qu’à l’issue d’un mandat, chaque élu⋅e doive demander à ses mandant⋅e⋅s d’approuver son travail. Quiconque n’a pas reçu un pourcentage suffisant d’avis positifs se verrait interdit⋅e de solliciter un nouveau mandat. On pourrait ainsi dégager un Sarkozy sans faire croire à un Hollande qu’on lui fait confiance.

Ayant voté, me voici contraint à un peu d’humilité. Difficile de reprocher à des gens désespérés de s’en remettre à la peste brune pour se venger d’un système qui les exclut. Je n’ai moi-même guère fait mieux, appelant la rougeole pour sanctionner la varicelle. Bien sûr, il y a une responsabilité individuelle, un minimum de lucidité à garder. Lorsqu’on diffuse la peste pour emmerder nos suzerains, les premier⋅e⋅s, et souvent les seul⋅e⋅s, à en mourir sont nos compagnes et compagnons de galère. Mais il y a aussi une responsabilité de celles et ceux qui sèment la misère et le désespoir. Je réalise mieux à quelles extrémité le désespoir et la colère peuvent nous pousser. Et en veut d’autant plus à qui les cultive.

Mais surtout, ayant voté, je me retrouve doté d’une carte d’électeur, et donc face au dilemme de 2017 : vais-je rester chez moi, refusant d’accorder la moindre attention au pitoyable spectacle du non-choix de la coupe de cheveux de notre prochain maître ? Ou vais-je saisir l’occasion de jeter une pelleté de terre supplémentaire sur le cercueil du PS ? Car c’est bien pour moi le seul intérêt de ce truc. Que crève le PS, ce parti dont le seul rôle est de tuer l’espoir, de faire entrer dans les têtes qu’aucune alternative n’est possible. Que ferment leur gueule tous ces connards qui durant ces (trente-)cinq dernières années n’ont cessé d’appuyer sur notre tête pour nous embourber dans un marécage dont nous avons de moins en moins d’espoir de sortir.

Je ne crois pas que quoi que ce soit de positif puisse sortir des urnes. Un changement de direction pour aller vers une société plus libre, juste, solidaire, ne se décrètera pas par en haut, il ne peut venir que de l’implication et des efforts d’une large fraction de la population. Toute tentative de changement de cap non portée et contrôlée par les galérien⋅ne⋅s ne peut amener, au mieux, que déception , frustration, désinvestissement, rancœur. Au pire… le pire. Le futur ne se bâtira pas magiquement en fonction des numéros qui sortiront de la boite ces prochains dimanches. Mais faut-il pour autant mépriser cette échéance, renvoyant dos à dos chacun⋅e des candidat⋅e⋅s, même celleux qui semblent un peu moins antipathiques que les autres ? Je m’interroge…