Gribouillis dans les marges

Deux février 2017

En ce quartidi 14 pluviôse, célébrons le noisetier.

# Numérique

# L’œil de Trump dans notre intimité

Amaelle Guiton a publié dans Libération une excellente synthèse sur le cadre légal du transfert de nos données personnelles aux USA. « Depuis une directive de 1995, l’Union européenne interdit le transfert de données personnelles vers les pays où leur niveau de protection est inférieur à ses propres standards, ce qui est le cas des Etats-Unis ». Différents accords ont eu lieu depuis pour autoriser les entreprises étasuniennes à stocker nos données hors de l’Union Européenne, moyennent des garanties. Ces accords évoluent au fur et à mesure des nouvelles lois toujours plus intrusives et des révélations que la surveillance illégale par les services, et le cadre actuel est assez bancal. Trump a récemment signé un décret excluant gross-modo les citoyen⋅ne⋅s non étasunien⋅ne⋅s des protections garanties par l’équivalent local de notre loi Informatique et Libertés. Si ce décret n’a a priori pas grande valeur légale, il montre qu’il va être nécessaire d’être beaucoup plus vigilant⋅e vis à vis de l’administration US si nous voulons protéger notre intimité numérique.

# Plaidoyer pour l’écriture collaborative

La chronique du jour de Xavier de La Porte est un plaidoyer pour l’écriture collaborative. Les outils comme Etherpad permettent d’écrire un texte à plusieurs mains. Au delà du côté pratique, Xavier de La Porte y voit une sorte d’exercice collectiviste. S’habituer à l’idée qu’un texte, une œuvre, une réflexion, n’est plus sa propriété mais une création collective. Cela demande de « travailler sur soi pour se déposséder, accepter de se déposséder ». « ce qui est fertile politiquement dans ce modèle, c’est qu’il produit l’effet inverse de la notion de consensus, qui repose en général le plus petit dénominateur commun, sur ce qui reste quand on a retiré les dissensus. Le fait d’écrire ensemble, en même temps, produit l’effet exactement inverse, il produit la construction, la nécessité de faire tenir ensemble, l’amélioration continuelle. Et il permet à chacun de le faire à hauteur de ses compétences, de son investissement, et ceci en toute transparence. C’est un modèle où l’humble qui déplace une virgule est autant important que celui qui a l’écriture facile. Et c’est beau. ». Pensez-y la prochaine fois que vous ouvrirez un pad.

# Decodex

Le Monde a lancé cette semaine le décodex, un outil utile mais largement survendu. Il promet en effet de permettre de savoir instantanément si un site est fiable ou non. Mais en fait de vérification de fiabilité, une analyse de sa base de données montre qu’il se contente de classer un certain nombre de sites d’information en quatre catégories, que je résume en : média traditionnel, site militant, site connu pour diffuser de fausses informations et site parodique. La seule analyse tient en une phrase, résumant de manière très schématique la ligne du média. Le souci est que ces catégories ne sont pas présentées comme telles, mais servent à afficher un avertissement qui va beaucoup plus loin. Pour tous les sites qui ne sont ni des médias traditionnels, ni connus pour diffuser de fausses informations, le décodex affiche « Ce site peut être régulièrement imprécis, ne précisant pas ses sources et reprenant des informations sans vérification ». Il met ainsi en doute la qualité de nombreux sites, sans avoir fait le moindre travail pour prouver que le site n’est pas toujours très fiable. Et les médias traditionnels sont pour leur part blanchi par défaut de toute imprécision, non respect de la déontologie, etc. Bref, le Monde s’érige en arbitre de la fiabilité de l’information, mais sans donner le moindre gage de fiabilité des informations que lui-même diffuse. C’est dommage, car l’idée de l’outil était intéressante, et on pourrait sans doute en faire quelque chose d’utile, en faisant les internautes à exercer leur esprit critique plutôt qu’en décernant des brevets de bonne conduite aux seuls détenteurs d’une carte de presse.

# Vrac

# Robot ivre

Un peu surpris, j’ai vu ce matin un compte Twitter consacré à feu Boot2Gecko annoncer l’arrivée d’une nouvelle fonctionnalité dans Firefox OS. Renseignement pris, le ticket demandant cette fonctionnalité a bien été fermé. Mais pas parce qu’il a été résolu. Parce la fonctionnalité ne sera jamais implémentée. Et le robot, auquel on a oublié d’apprendre la différence entre « fait » et « abandonné », propage une fausse nouvelle. De quoi faire réfléchir sur les algorithmes qui nous informent.

# Marigot

Relayer ou non les nouvelles du marigot (et surtout les bons mots de commentateurs) ? Je n’ai pas envie de donner de la publicité à cet affligeant spectacle, de faire croire qu’il a le moindre intérêt. L’humour nous aide-t-il à survivre au déferlement quotidien d’informations déprimante, ou nous anesthésie-t-il pour éviter que nous nous rebellions ?