Gribouillis dans les marges

Solutionnisme technologique

J’entendais encore récemment un créateur de startup, profondément sincère, m’expliquer qu’il n’y avait plus rien à attendre des élections et que seules les jeunes entreprises innovantes comme la sienne étaient aujourd’hui capable d’apporter une réponse aux problèmes de l’époque. C’est certes une tentative de réinventer l’action politique, en partant du bas, mais cela illustre aussi un biais, celui de croire que la technologie pourrait apporter une réponse à des problèmes qui sont avant tout structurels. Ce qu’illustre très bien cet article du site Mais où va le Web publié chez Streetpress, à propos d’une application destinée à assister les travailleurs sociaux qui viennent en aide aux SDFs.

Citation(s) extraite(s) de «  » par Irénée, d’Où va le Web

les personnes qui ont conçu cette application, avec des compétences techniques certaines et une envie de bien faire, ne semblent pas avoir réfléchi à toutes ses implications politiques et éthiques. Mais vue l’urgence de la situation, comment leur en vouloir, pourrait-on dire ? (Au moins, ils agissent). En fait, cette application nous dit surtout que la vie politique est gravement touchée par un virus. Ce virus, c’est le “solutionnisme technologique”. C’est la croyance moderne, décrite par le théoricien technocritique Evgeny Morozov, qu’on va résoudre tous nos problèmes sociaux à coup d’applications et de gadgets technologiques. (…) désespérés de trouver des solutions globales, on se rabat sur l’idée que chacun de nous peut faire quelque chose à son niveau individuel, comme un petit colibri. Grâce à cette conjonction de petits efforts, on pourrait résoudre les grands problèmes de société. L’histoire est belle mais elle illustre surtout le désinvestissement croissant des responsables politiques. (…) ces étudiants ont toutes les raisons de mettre leurs compétences au service des plus nécessiteux. Pour autant, leur appli signale surtout qu’il est urgent de traiter l’extrême pauvreté par des politiques publiques dignes de ce nom. Or, en promouvant les solutions technologiques, on s’éloigne du politique. On ne cherche plus les causes collectivement, mais on laisse la gestion des effets aux individus assistés de leurs smartphones. L’augmentation du nombre de SDF est un problème politique. N’ayons pas peur des mots : c’est un choix politique que de laisser mourir ces milliers de gens plutôt que de leur trouver un toit et de mettre en place des politiques d’insertion efficaces (et là, il n’y a pas d’application pour ça). Mais c’est plus facile de dire que c’est une fatalité. Donc qu’on doit gérer la situation avec des badges et pourquoi pas des automates, qui donneraient un café et une couverture aux sans-abris qui passeraient devant.