Gribouillis dans les marges

Les droits ne sont qu’une des conditions de la libération

Beaucoup de choses me dérangent dans ce billet de Thierry Crouzet. À commencer par les amalgames et raccourcis dans le premier paragraphe qui mélange tous « les libéraux, les libertaires, les libristes, les anarchistes » et critique leur conception de la liberté. Comme si ces courants étaient idéologiquement homogènes et n’avaient qu’une seule acceptation de la liberté. Néanmoins, certaines réflexions rejoignent les miennes ou incitent à la réflexion.

Citation(s) extraite(s) de «  » par Thierry Crouzet

Conscients de ces problèmes, les libristes nous adjurent de fuir vers des services qui seraient moins nocifs, mais qui en fait ne le sont provisoirement que par leur manque de succès. Que les foules y débarquent et la même histoire se répétera parce que les racines du mal n’ont pas été interrogées : la liberté mal employée peut conduire au pire. Oui, c’est bête, la liberté ne vient pas avec un manuel de bon usage. Quand on pouvait faire n’importe quoi sur les routes, la mortalité y était plus grande qu’aujourd’hui.

(…)

On marche vers la liberté en marchant avec tous les autres humains, non pas en se cloîtrant avec ses coreligionnaires. Voilà pourquoi, même si je ne supporte plus les réseaux sociaux comme Facebook et Twitter, j’ai du mal à m’attarder sur Diaspora ou équivalent. Rien dans ces espaces underground ne diffère par rapport à ce qu’étaient les autres à leur début. Je ne n’ai pas envie de vivre de perpétuels recommencements.

Créer des outils décentralisés ne sert à rien si leur code ne contient des garde-fous prémunissant contre toute nouvelle forme de centralisation. Par exemple, à quoi bon Diaspora si 80% des utilisateurices utilisent le même serveur (oui, je sais, Diaspora a d’autres qualités, mais que la majorité des membres s’agglutinent sur quelques serveurs m’inquiète). Comment éviter que les outils libérateurs d’aujourd’hui ne deviennent les silos de demain ? La liberté du code est une condition nécessaire mais loin d’être suffisante. Le droit de cloner un projet, d’installer son propre serveur, de déplacer ses données d’un serveur à un autre, doit être accompagné de moyens concrets d’exercer ce droit. Mais aussi d’incitations à le faire. Ça serait peut-être un point à ajouter à la Charte des Chatons : un devoir d’essaimage. Tout Chaton dépassant x membres doit créer une nouvelle structure indépendante (je me demande si le débat n’avait pas déjà eu lieu à l’époque des ancêtres des Chatons, la coordination regroupant l’APINC, Lautre.net et Ouvaton).

Citation(s) extraite(s) de «  » par Thierry Crouzet

La liberté féconde naît dans l’interdépendance, avec les liens réciproques. Elle se multiplie en même temps que les liens se multiplient (démonstration dans L’alternative nomade. La liberté n’est pas préalable, une chose héritée des dieux, mais un objectif vers lequel on tend sans jamais l’atteindre vraiment.

Cela rejoint cette citation de Bakounine que j’évoquais il y a peu : « plus nombreux sont les hommes libres qui m’entourent et plus profonde et plus large est leur liberté, et plus étendue, plus profonde et plus large devient ma liberté ».

Citation(s) extraite(s) de «  » par Thierry Crouzet

En attendant, j’ai tendance à voir le mail comme la meilleure technologie sociale du moment. Il est de pair à pair, décentralisé, bien moins ostentatoire que le Web, ouvert et en même temps intimiste, mon adresse m’appartient, mes données aussi… Remettons aux goûts du jour les listes de diffusions plutôt que répéter ce qui n’a pas marché.

Une envie qui me taraude souvent, revenir à la source, à ces revues de Web que j’envoyais à mes contacts il y a 15 ans, et qui sont sans doute la seule chose que je sache faire. Est-ce une solution, ou juste la nostalgie d’une époque forcément plus heureuse parce que révolue, je ne saurais le dire… Ce carnet de notes en marge d’autres contenus est en tout cas une première étape dans cette direction. Je ne sais si j’irai plus loin.

Citation(s) extraite(s) de «  » par Thierry Crouzet

En résumé, qu’un service, un logiciel, une commune… soit libre ou pas ne m’intéresse pas. Je veux connaître ses interdépendances et quels gardes fous ont été mis en place pour éviter la concentration des pouvoirs, tout en lui ouvrant les portes de l’ensemble de l’humanité.

Là, je disconviens ! Les droits que donnent le logiciel m’intéressent au plus haut point (car en définitive, c’est cela la GPL : des droits conférés sur un logiciel). Mais ces droits, encore une fois, ne sont pas suffisants. Je veux également des moyens pour les exercer, et des incitations à le faire. C’est ce qui transforme un code libre en outil libérateur.