Gribouillis dans les marges

Solidarité

Solidarité. C’est un joli mot, solidarité. Un des piliers d’une société juste. Mais un mot qui, seul, ne veut finalement pas dire grand-chose. Être solidaire, soit, mais de qui ? De celles et ceux vivant dans les mêmes conditions socio-économiques que nous, indépendamment de tout autre critère ? C’est la solidarité de classe, fondement de l’action socialiste. Être solidaires de celleux né⋅e⋅s dans le même pays, indépendamment des conditions sociales et économiques ? C’est la solidarité nationale, base des nationalismes. On peut aussi être solidaire sur des bases racistes, idéologiques… Bref, en appeler à la solidarité ne veut pas dire grand-chose si on ne précise pas avec qui on est solidaires.

Il en va de même de la liberté, invoquée à toutes les sauces, et notamment pour justifier les pires abjections. Quelle liberté voulons-nous ? Le droit du fort à écraser le faible ? Ou le droit de chacune et chacun de vivre sans se faire emmerder ? Faut-il défendre la liberté absolue pour les groupes dominants d’opprimer et d’exploiter le reste de l’humanité ? La liberté des petits cons, mâles, d’entretenir les discriminations sexistes ? La liberté d’abrutis se réclamant d’une presse satirique mais dont l’expression ne sert qu’à entretenir le racisme et les discriminations contre une minorité ? Ou faut-il défendre la liberté des femmes, des non-blanc⋅he⋅s, non-machos-cathos-fachos, non-formaté⋅e⋅s, à vivre sans se faire emmerder, quitte à devoir pour cela limiter la liberté de certains ?

Vous qui vous dites fervents défenseurs de la liberté, relisez donc encore et toujours les mots du vieux révolutionnaire « Je ne suis vraiment libre que lorsque tous les êtres humains qui m’entourent, hommes et femmes, sont également libres. La liberté d’autrui, loin d’être une limite ou la négation de ma liberté, en est au contraire la condition nécessaire et la confirmation. Je ne deviens libre vraiment que par la liberté d’autres, de sorte que plus nombreux sont les hommes libres qui m’entourent et plus profonde et plus large est leur liberté, et plus étendue, plus profonde et plus large devient ma liberté. » Michel Bakounine — Dieu et l’État