Gribouillis dans les marges

Pérénnité

Dropbox vient d’annoncer le retrait d’une de ses fonctionnalités, des dossiers publiquement accessibles. Beaucoup d’utilisateurices hébergeaient semble-t-il sur ce service des données utilisées ailleurs, par exemple des photos illustrant des articles publiés sur d’autres sites. Dans quelques mois, toutes ces URL ne répondront plus, et une partie de la mémoire du Web aura disparu.

Cela illustre un des nombreux problèmes de faire appel à des services tiers pour héberger ses contenus publics : on ne maîtrise pas leur URL, l’identifiant sous lequel le reste du Web les connait. Que le site décide de modifier ses URL, et des millions de liens se brisent. Les contenus ne disparaissent pas forcément, mais les liens tissés avec le reste du monde sont rompus. Avoir le contrôle de ses URL est donc une des conditions indispensables de l’autonomie numérique. Cela passe en tout premier lieu par le nom de domaine. Chacun et chacune devrait disposer et contrôler au moins un nom de domaine. Une des premières étapes lorsqu’on veut être autonome est disposer d’un nom de domaine.

Ça, c’est la théorie. La pratique est beaucoup plus complexe. Les noms de domaine sont gérés par des institutions internationales qui les louent pour plus ou moins longtemps et peuvent dans certains cas expulser les locataires. Il est donc impossible d’être sûr de la pérennité d’un nom de domaine sur le long terme, et cela demande à minima un entretien régulier, en le renouvelant. Combien de contenus ont disparu depuis les débuts du Web parce que leur auteurice a cessé de renouveler le nom de domaine. À l’inverse, les contenus publiés dans des silos demeurent aussi longtemps que le silo survit et ne modifie pas ses URL, sans nécessiter d’actions de leur créateur.

Si je cesse de m’en occuper, tous les textes que j’héberge moi-même auront disparu dans quelques mois (expiration du certificat, fermeture du serveur si je n’en paie pas le loyer, expiration du nom de domaine…). Ne subsisteront alors paradoxalement que les contenus sur lesquels je n’ai que peu de contrôle, essentiellement ceux publiés sur Twitter, jusqu’à ce que cette plateforme disparaisse.

Avoir le contrôle de sa vie numérique n’est donc pas forcément synonyme d’en garantir la pérennité. Si l’on veut que nos productions résistent aux aléas de la vie (ne serait-ce qu’une hospitalisation nous privant quelques mois durant d’accès Internet), les confier à un silo peut malheureusement s’avérer plus sûr que de s’auto-héberger. À méditer…