Gribouillis dans les marges

Associations et politique

Pour la première fois, à des élections de représentant⋅e⋅s des étudiant⋅e⋅s, une fédération d’associations apolitiques a devancé les syndicats classiques. Cela pourrait sembler anecdotique, n’intéresser que le microcosme du syndicalisme universitaire, mais l’article élargit la réflexion au rôle politique respectif des associations, qui agissent concrètement sur le terrain, et des syndicats et partis qui semblent de plus en plus déconnectés de cette réalité. J’émettrai un bémol quand à la présentation des syndicats dans l’article. Si la plupart des hiérarchies sont effectivement dans un jeu politicien de lutte des places, de nombreuses sections ont elles les mains encore bien ancrées sur le terrain, qu’elles aient choisi de ne faire que du service, similaire aux associations, ou n’aient pas renié la dualité entre services locaux et participations aux luttes globales.

Citation(s) extraite(s) de «  » par Frédéric Amiel

À travers l’UNEF et les autres syndicats "classiques", c’est en réalité tout un modèle politique qui est rejeté. Ce signal, venu du monde étudiant, est un écho très clair à la défiance généralisée qui s’installe dans notre pays vis-à-vis des partis politiques. Les électeurs de tous âges en ont assez de voter pour des théoriciens hors-sol, des donneurs de leçon à la carrière jalonnée de mandats. Ils cherchent à se tourner vers ceux qui font, ceux qui sont capables de démontrer qu’ils peuvent changer leur quotidien par des actes plutôt que par des paroles.

(…)

D’un côté de la barrière, les associations agissent sur le terrain, et se gardent bien de tenter l’aventure de la responsabilité publique, ou de mettre un doigt dans l’épineuse question de la lutte des classes. De l’autre, les partis se gobergent de titres et de mandats, donnent des leçons à tout va, expliquent comment devrait marcher le monde, et laissent ce monde à la merci des marchands en comptant sur les associations pour essuyer le trop plein d’inégalités. Combien de temps un tel système peut-il encore tenir ?

(…)

Demain, ceux qui sauront mettre en actes leurs théories avant de briguer les suffrages pourraient bien rafler la mise. Souhaitons-nous qu’alors soient portées aux responsabilités des organisations au programme terne et sans ambition, réfugiées comme la FAGE derrière un apolitisme de bon ton qui évite les questions qui fâchent ? Ou pouvons-nous espérer qu’émergent d’ici là des organisations aux valeurs solidement ancrées, décidées à affronter les causes profondes du dérèglement du monde : l’injustice, l’oppression, l’accaparement des ressources, toute les plaies contre lesquelles la gauche historique s’est levée, du temps où elle créait les mutuelles, les coopératives d’achat, l’éducation populaire, les auberges de jeunesse... du temps où elle savait montrer aux citoyennes et aux citoyens qu’elle pouvait changer leur quotidien.