Gribouillis dans les marges

Bricolage

Un article sur le « management » et l’innovation publié sur LinkedIn. Trois conditions qui auraient dû me faire fermer l’onglet à peine ouvert. Mais le mot bricolage a attiré ma curiosité. Nostalgie. Ces temps-ci, nous ne parlons plus que de surveillance, liberté, et reprise de contrôle de nos vies numériques. Nous en avons un peu oublié la bidouille, le bricolage. Dans cet article, Isabelle Barth revient sur une vieille distinction que j’aime bien, entre le bricoleur et l’ingénieur. Mais elle le fait en s’appuyant sur Claude Levi-Strauss, ça fait tout de suite plus sérieux. Extraits :

Citation(s) extraite(s) de «  » par Isabelle Barth

Le bricoleur est le symbole de la science concrète alors que l’ingénieur est celui de la science abstraite. Il n’y a pas de rapport chronologique entre les deux, dans le sens où l’ingénieur et la science abstraite serait venue après la science concrète, comme un progrès de celle-ci. Ce sont deux démarches qui cohabitent.

Ce sont aussi deux rapports au monde opposés. Selon Levi-Strauss, l’ingénieur est extérieur au monde, il lui impose ses projets, avec une vision planifiée des choses. Ce sont ses projets qui donnent du sens à la Nature, qui n’est là que pour lui offrir les ressources nécessaire à son action. C’est en résumé, toute la vision de la science moderne et de la technologie qui l’accompagne.

Le bricoleur, lui, construit des objets « avec les moyens du bord » en faisant partie intégrante du monde qui lui est familier, dans un dialogue entre Nature et Culture. Il fabrique et élabore avec les objets qu’il trouve et stocke avec l’idée que : « ça peut toujours servir ». Là où l’ingénieur est dans le concept et manie le « bois », le bricoleur est dans le signe et manipule « un morceau de bois ».

Le bricoleur est dans l’action avec une intelligence pratique qui lui permet de détourner les objets de leur utilisation initiale comme de leur donner une deuxième vie. Tout peut servir, ce qui est important, ce sont les liens et les assemblages car pour le bricoleur, plus que les objets eux-mêmes, ce sont les liaisons qui peuvent être faites entre eux qui comptent.

L’ingénieur conçoit a priori, le bricoleur part des objets qu’il a en stock pour construire.

Il y a là matière à de nombreuses réflexions, notamment sur notre rapport au code. Bidouilleureuses ou développeureuses ? Il y a celleux qui lorsqu’illes ont besoin d’un outil écrivent tout de suite un programme Python et celleux qui assemblent avec quelques bouts de ficelle et des tuyaux tous les outils en ligne de commande qu’illes ont patiemment collectés depuis des années. Celleux qui planifient les développements sur un an à coup de milliers de petites fiches colorées bien rangées dans des colonnes, et celleux qui avancent au gré du vent en assemblant à coup de rustines des bouts de code récoltés à droite ou à gauche. Ma grande interrogation actuelle est de savoir s’il existe une place dans le « monde professionnel » pour les bricoleureuses…