Gribouillis dans les marges

Hypersurveillance

Dans Libération, le philosophe Tony Ferri évoque le bracelet électironique et à travers lui, la société d’hypersurveillance qui est en train de se mettre en place.

Citation(s) extraite(s) de «  » par Tonny Ferri

La surveillance électronique consiste moins à normaliser l’individu anormal qu’à maintenir l’individu normal dans les limites de la norme…

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L’hypersurveillance entraîne l’autocensure et l’auto-observation : la crainte de n’être pas conforme à la norme nous conduit à nous surveiller nous-mêmes, à réprimer nos propres écarts. Et puis, la peine est devenue ordinaire, susceptible de piéger n’importe quel individu, de sorte que nous sommes tous des placés électroniques en puissance. Nous le sommes peut-être déjà, à travers l’accroissement et la production des Big Data auxquels nous participons.

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Le placement sous surveillance électronique est une peine essentiellement temporelle : l’emprise qui s’exerce sur l’individu touche avant tout son vécu, son relationnel et son sentiment intérieur d’exister, l’espace se temporalise, s’intériorise. Si la prison est d’abord une peine spatiale et corporelle, la surveillance est d’abord une peine temporelle et psychique avec des symptômes comportementaux.

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L’hypersurveillance est une emprise sur la dignité, dont la particularité réside dans un processus de subjectivation de la peine. Elle vise à contrôler durablement la dimension subjective, affective, intime et temporelle de la vie des individus, à collectionner et classer inlassablement des données sur leur identité, nature, manière d’être et de penser, leurs goûts. Elle cherche à encadrer la vie, le corps et la psyché des gens, bref, la totalité de l’existence individuelle. L’institution se greffe sur la personnalité des condamnés.

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Le terrorisme constitue un formidable instrument de consolidation du pouvoir et un remarquable terreau nourricier de l’hypersurveillance. (…) ses effets accablent pourtant davantage les citoyens ordinaires que les fanatiques dangereux. Les repérages, les fouilles, les écoutes, la saisie des courriels et des ordinateurs, la surveillance sur les réseaux sociaux, bref, le déploiement incessant de la logique du soupçon, ont pour conséquence de fragiliser les conditions matérielles et relationnelles du vivre-ensemble. (…) Elle menace les libertés individuelles fondamentales, rend les citoyens hystériques, répand l’esprit de police jusque dans les mœurs, foudroie l’esprit critique, met en rang de bataille les citoyens et divise artificiellement la population en catégories fréquentables ou infréquentables.

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La délinquance est une «aubaine prodigieuse», selon Foucault, car sans elle, nul n’accepterait que déambulent constamment des gens en uniforme lourdement armés.