Gribouillis dans les marges

Repenser la domination

Citation(s) extraite(s) de «  » par Marie Duru-Bellat

il faut sans doute repenser la domination : dans le monde d’aujourd’hui, si l’on suit des auteurs comme Foucault, il n’y a plus un dominant bien identifié, détenteur du pouvoir, versus des dominé-e-s, mais un réseau de processus diffus tout aussi efficaces en termes de domination : la répartition (sexuée) des postes politiques et économiques, la configuration sexuée des vies quotidiennes, les normes sexuées qui régissent l’apparence, les règles sexuées de la séduction…

(…)

Même si vous êtes une femme privilégiée, vous recevez tous les jours des confirmations continues du fait que vous n’en n’êtes pas moins femme : de ce seul fait, n’importe qui peut à tout moment vous siffler dans la rue, ou vous adresser des allusions humiliantes ou paternalistes, ou encore, vous ignorer ostensiblement quand vous prenez la parole dans des réunions. Ces messages sont convergents : chacun a le droit de vous juger, vous êtes fragile, vous valez moins, vous êtes avant tout un objet décoratif…

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Ces processus sont d’autant plus nécessaires que précisément LA domination n’existe plus : relativement libérées de la maternité obligatoire, les femmes doivent à présent être des mères parfaites ; libérées des corsets, elles doivent à présent obéir à des canons de beauté chaque jour plus exigeants ; libérées (très relativement) d’une ségrégation professionnelle absolue, elles doivent pénétrer des mondes masculins tout en restant très « féminines »…

Ce que dit Marie Duru-Bellat de la domination masculine peut sans doute s’appliquer à bien d’autres formes d’oppressions qui, combattues, muent, deviennent moins visibles mais restent toujours aussi prégnantes sous d’autres formes.