Gribouillis dans les marges

Invitation au voyage

Julien Coupat et Éric Hazan sont de celles et ceux que les anathèmes du système politico-médiatique qualifient d’« ultra-gauche », « anarcho-autonomes », bref, « casseurs ». Et pourtant, dans cette tribune parue en février dans Libération, ils appellent à tout autre chose que détruire le vieux monde. C’est inutile, il agonise. Ils incitent au contraire à construire, créer qui alternatives qui seules pourront porter un coup fatal au système actuel et éviter qu’il ne soit remplacé par pire.

Citation(s) extraite(s) de «  » par Julien Coupat et Éric Hazan

Refuser de faire le deuil de «la politique», appeler au contraire à «lui redonner du sens» voire à en faire «autrement», c’est spéculer sur des stocks de crédulité qui sont à sec, sur des provisions d’espoir décimées, sur des gisements d’illusions parvenus à l’étiage.

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Car, c’est tout le cirque électoral, et la sphère publique où il s’étale, qui ont fait leur temps. Qui écoute encore les journalistes, en dehors des jours d’attentat ? Qui a cure de l’opinion des «intellectuels» ? Qui se soucie, de nos jours, des déclarations des ministres ?

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Dénoncer, pourfendre, tenter de convaincre, ne servirait ici de rien. «Un monde de mensonges, disait Kafka, ne peut être détruit par la vérité, seulement par un monde de vérité» - plus vraisemblablement par des mondes de vérité.

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Formons plutôt un tissu humain assez riche pour rendre obscène la bêtise régnante, et dérisoire l’idée que glisser une enveloppe dans une urne puisse constituer un geste - a fortiori un geste politique.

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Ce que nous préparons, ce n’est pas une prise d’assaut, mais un mouvement de soustraction continu, la destruction attentive, douce et méthodique de toute politique qui plane au-dessus du monde sensible.

Je ne peux m’empêcher de faire un lien avec le mouvement des communautés dans les années 60 et 70. En parallèle des nombreux groupuscules gauchistes qui s’inscrivaient sur le terrain de la lutte politique classique, d’autres déjà avaient décidé d’aller créer un nouveau monde, hors de celui-ci. La plupart de ces expériences ont échoué, éclaté de l’intérieur. Peut-être faudrait-il s’intéresser à leur bilan, apprendre de leurs erreurs, pour tenter à nouveau de bâtir un Larzac où il fera bon vivre.