Gribouillis dans les marges

De la malveillance

Les commentaires sur quelques faits divers en marge du mouvement citoyen « Nuit Debout » en disent beaucoup plus sur les commentateur⋅rice⋅s que sur le mouvement lui-même. Sur l’état d’esprit des éditorialistes et des politicien⋅ne⋅s qui avec gourmandise et unanimisme se jettent sur le moindre « débordement » pour en faire un signe du caractère « totalitaire » du mouvement, pour en dénoncer le danger, pour tenter de le rendre antipathique. Ces commentaires révèlent surtout l’antipathie (la peur ?) de leurs auteur⋅e⋅s pour un phénomène qui sort quelque peu du cadre très policé et stérile dans lequel est habituellement cantonnée le débat politique.

Casser quelques vitrines, virer un vieux réactionnaire… Je peux, du fond du lit douillet d’où j’écris, avoir quelques doutes sur la pertinence de ces actes. Mais je sais que si j’avais été sur place, j’y aurais sans doute participé, ou les aurait au moins approuvé. Il ne m’appartient pas de juger. Je ne me sens pas le droit, du fond de mon inaction, de juger celles et ceux de mes semblables qui font. J’essaie de leur faire confiance a priori, de porter sur le mouvement un regard bienveillant. Je me souviens d’un vieil autocollant : « politise tes inquiétudes, tu inquièteras les politiques ». Quelles que soient les probables défauts du mouvement actuel, je pense que c’est un espace de politisation, un lieu où des citoyen⋅ne⋅s décident de prendre leur vie en main, au lieu de déléguer la gestion de la chose publique à des professionnel⋅le⋅s. Donc un mouvement à encourager, avec un regard certes critique, mais avant tout bienveillant. Voilà le maître mot : j’essaie d’être bienveillant, de relever ce qui va dans le bon sens, sans monter en épingle ce qui me déplait.

À l’inverse, je sens dans beaucoup de commentaires de la malveillance. Une volonté de nuire. De se saisir du moindre « débordement » susceptible d’effrayer Margot pour le monter en épingle, décrédibiliser le mouvement, en donner une image menaçante. Interroger le discours des commentateur⋅rice⋅s, porter un regard critique sur leurs interventions, sur leurs tentatives de façonner notre opinion, est toujours autant indispensable. C’est un travail à mener sans relâche auprès de celles et ceux qui prêtent encore aujourd’hui une oreille vaguement attentive aux professionnel⋅le⋅s du commentaires, éditorialistes et politicien⋅ne⋅s.