Gribouillis dans les marges

Grandir en France en tant qu’immigré

Jolies réflexions de Rachid Zerrouki sur l’exil et l’identité

Citation(s) extraite(s) de «  » par Rachid Zerrouki

Dans Sociologie des quartiers sensibles, Cyprien Avenel affirme que ces jeunes sont souvent accusés à tort d’être communautaires : « Plus on est pauvre, plus on est isolé socialement et plus l’univers de sociabilité se ferme au lieu de résidence. » Les mecs sont parfaitement intégrés dans l’environnement que les politiques urbaines successives ont créé pour eux. Simplement, c’est une sociabilité contrainte.

(…)

à la fin des années 1980, pour aborder la question des immigrés, la France s’est demandée s’il fallait les assimiler ou les intégrer. Pour Emile Durkheim, la première option consiste à abandonner totalement sa culture d’origine pour une nouvelle, tandis que la deuxième te laisse en conserver une partie dès lors qu’elle est compatible avec les valeurs de la République. Inutile de se taper la bibliographie d’Hegel pour comprendre que vivre dans une cité isolée, à l’abri de toute mixité sociale, n’invite ni à troquer Magic System pour Cabrel, ni à faire une playlist où « L’Encre de Tes Yeux » côtoie « Zouglou Dance ».

(…)

l’exil devient une récréation dès lors qu’on trouve ce subtil équilibre entre ouverture d’esprit et amour-propre, parce que comme le dit Régis Debray dans Eloge des Frontières (2010) : « Renoncer à soi-même est un effort assez vain : pour se dépasser, mieux vaut commencer par s’assumer. » C’est une bagarre mentale de tous les instants

(…)

on finit toujours par ressembler à l’idée que les autres se font de nous. Robert Rosenthal appelle ça l’effet Pygmalion quand c’est positif et Golem lorsqu’il entraîne des conséquences inverses. La pensée finkielkrautienne n’a pas prévu de nous compter parmi ses Français, exerce sur nous un effet Golem permanent et condamne la France à un cercle vicieux.

(…)

De la souffrance solitaire [de l’exil] au plaisir de se réinventer dans un monde nouveau, il n’y a que deux pas : celui qu’on fait vers l’autre, et celui que l’autre fait vers nous.