Gribouillis dans les marges

Une sinistre et banale trajectoire sociale (Emmanuelle Cosse)

Une fois n’est j’espère pas coutume, quelques citations en lien non avec la politique, mais avec le marigot de nos bon maitres. Emmanuelle Cosse était une des rares professionnelles de la politique pour laquelle j’avais de l’estime, par nostalgie du temps où elle présidait Act Up Paris et où j’appréciais l’activisme de l’association. Toute analyse de la déchéance d’une activiste jusqu’à devenir caution d’un gouvernement d’extrême droite mérite d’être méditée (Sur le même sujet, Sylvie Tissot a publié il y a quelques jour un texte sur les reconversions militantes tandis que Libé (symbole s’il en est des parcours menant du col Mao au Rotary Club) cherche à savoir ce qu’est devenue la génération entrée en politique à l’occasion de la lutte contre le CPE.)

Citation(s) extraite(s) de «  » par Gildas Le Dem

Je ne dirai plus "Emma Cosse", "Emma" est morte

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Il lui apparaîtrait alors que ses choix successifs sont le produit d’une triste, sinistre et banale trajectoire sociale, qui sont la marque non pas seulement d’un vieillissement biologique, mais d’un vieillissement social.

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Être libre et responsable, c’est au contraire être conscient de ces mécanismes sociaux, et travailler à les déjouer en soi-même, pour faire advenir un peu de liberté, autre chose que ce que notre destin social nous promet. « Je dirais que la plupart des expériences biographiques sont de ce type. La plupart du temps, nous allons là où le monde social nous aurait envoyés de toutes façons, mais nous y allons contents. C’est ce qu’on appelle la vocation. Il y a évidemment des exceptions, et elles sont très importantes : il suffit qu’il y en ait une seule pour que cela change tout – et c’est la liberté. » (Pierre Bourdieu).

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Elle incarne le vieillissement social de toute une génération qui, à des exceptions près, était vouée à occuper des positions de pouvoir après les avoir contestées. Elle incarne l’échec historique des forces politiques du moment 1995 qui, du côté des nouveaux mouvements sociaux, des nouvelles formes de mobilisations associatives, avaient cru pouvoir transformer la politique et la parole politique.

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Nous ne devons pleurer ni 1995 ni 2005, ni Act-Up ni le Front de gauche (ni EELV). Nous n’avons que trop vécu de ces espoirs légitimes, mais dont la mort clinique est ce soir avérée. Bref, nous sommes au pied du mur, contraints d’inventer quelque chose de nouveau, qui cette fois fasse une vraie différence, et ne se contente pas de résister au pouvoir, à la volonté de pouvoir, pour mieux y céder et y sacrifier, comme le disait Merleau-Ponty, notre "vouloir-vivre".