Gribouillis dans les marges

Les motivations du passage à la violence

Jacques Raillane a gazouillé il y a quelques jours un intéressant texte sur les motivations des gens qui franchissent le pas de l’action politique physiquement violente. Malheureusement, le texte était dans une image, donc peu accessible. BoB m’a indiqué l’origine de la citation et, comme il s’agit d’un PDF, je me permet de la reprendre ici afin de la rendre plus accessible.

Citation(s) extraite(s) de «  » par Olivier Moos

Notons ici que nous avons encore une compréhension limitée des moteurs de mobilisation de la génération de combattants étrangers partant pour le jihad en Syrie. L’analyse se heurte notamment à l’absence d’idéal-type du migrant jihadiste et, plus généralement, il ne semble pas exister de profil type de l’individu joignant un groupe politique violent. Le consensus qui se dessine est que la décision de joindre une organisation telle que l’EI est le résultat d’un mélange de facteurs externes (un conflit ou un génocide, socialisation dans un réseau d’amis partageant des idées similaires) et internes (sentiment d’outrage ; recherche de sens et d’une cause à embrasser ; période familiale, légale ou professionnelle transitionnelle), ainsi que possiblement un facteur contextuel (issu d’un État en faillite, fragilité économique, etc.). Ces éléments suggèrent que la prise de décision de devenir un jihadiste ne suit pas la même trajectoire à Tunis, Copenhague ou Grozny. Ni l’appartenance à un courant religieux « radical » (parmi les jeunes jihadistes européens, le profil du born again sans éducation religieuse est plus courant que celui du musulman pratiquant), ni la plus moderne des propagandes ne sont des facteurs suffisants pour expliquer l’entrée dans un groupe politique violent ou, dans le cas de l’émigration vers la Syrie, un tel phénomène de mobilisation. S’il est possible de proposer des modèles expliquant les mécanismes menant au passage à la violence, ces derniers laissent ouverte la question des motivations de l’individu. John Horgan, directeur du Lowell’s Center for Terrorism and Security Studies de l’Université du Massachusetts, qui a conduit plus de 18 ans de recherche sur la question de la psychologie du terroriste, explique qu’il est incapable de donner une réponse satisfaisante à la question de pourquoi un militant devient violent et rejoint un groupe terroriste, soulignant que non seulement n’avons-nous aucun profil type, mais que souvent les acteurs eux-mêmes ne sont pas en mesure de rationaliser leur trajectoire. John Horgan, « Don’t Ask Why People Join the Islamic State - Ask How », in Vice News , 10 septembre 2014