Gribouillis dans les marges

Youtube

Je me demande si la fameuse « génération Y » n’aurait pas finalement une certaine réalité. Y, mais comme Youtube. Je lisais hier un portrait d’Usul, un auteur de vidéos diffusées sur Youtube, et j’ai découvert effaré l’audience de ce médias. 800.000 vues pour les vomissements complotistes de Soral, entre 300.000 et 500.000 vues pour articles animés d’Usul. Ces chiffres me semblent très supérieurs à ceux des articles de nos carnets, même au temps de l’Âge d’Or de la « Blogosphère » (mais j’ignore les données de l’audience du phénomène Skyblog).

Malgré mille articles nécrologiques, les blogs ne sont donc pas morts. Ces carnets où chacun⋅e partage bouts d’intimités et réflexions sur le monde me semblent au contraire bien plus vivaces que jamais. Seul le média a changé. Les diaristes d’aujourd’hui manipulent la caméra plutôt que le clavier.

En fait, ce ne sont peut-être pas tant les blogs qui sont morts que l’inspiration de la première génération de claviéristes fous qui s’est éteinte.

Sommes-nous face à un vrai rupture générationelle, entre les gens de l’écrit et ceux de la vidéo, ou une simple ouverture d’un nouvel horizon d’expression avec un nouveau média, la vidéo, apprivoisable quelle que soit sa culture ? Je n’en sais rien, ne veux pas généraliser ma gaucherie face à une caméra en optant trop rapidement pour la première analyse. Je ne sais pas.

On disait jusqu’à présent qu’Internet avait autant d’impact que l’imprimerie, en démocratisant la production et la diffusion de l’écrit. On peut désormais également comparer son impact à celui de l’invention de la télévision : le réseau (et, je ne l’oublie pas, les outils de montage vidéo) a démocratisé l’expression audio-visuelle, permettant à chacun⋅e de créer sa propre chaine de télévision et de choisir les programmes qu’ille regarde.

Reste un malaise : à l’inverse de nos carnets d’hier, ceux d’aujourd’hui ne semblent utiliser qu’une poignée de plateformes, majoritairement les services de Youtube. Ce qui rend la formidable liberté d’expression créée par la démocratisation du média vidéo dépendante d’un fragile petit tuyau, à la merci de la censure (économique essentiellement) de Google et des quelques mastodontes dont il protège les intérêts.